Rémingway, c'est ce genre de groupe dont on se dit que c'est trop con, qu'ils auraient du avoir du succès, que franchement le monde est injuste, tout ça. Puis après on regarde les groupes connus, et on se dit que c'est normal et rassurant que certains n'aient pas de succès, qu'on préfère les avoir pour nous, rien que pour nous. En effet, Rémingway n'a pas de fans. Rémingway ne passe pas à la télé, Rémingway ne passe pas à la radio, Rémingway fait des concerts dans la Drôme parce que c'est un groupe Drômois, et les Drômois ne viennent pas sur Internet. Donc moi (qui habite dans l'ouest), j'écoute Rémingway de chez moi, et je critique comme je veux. D'où cet article.

Rémingway, c'est ce genre de groupe... Non. Rémingway c'est un groupe qu'on est fier d'écouter, parce que les autres (lire "ceux qui n'écoutent pas") loupent quelque chose. C'est un peu ce genre de perle qu'on aimerait garder pour soi, tout en sachant qu'on gagne tout à le partager avec d'autres (mais pas n'importe qui, vous voyez ?). Sans vouloir tomber dans le cliché ni dans la métaphore filée (de pêche (trop tard, donc)), ces gens ne composent pas leur musique : ils la cisèlent. Evidentes, diligemment sculptées, précises et exactes, les courbes mélodiques des quatre garçons du bord du Rhône nous emportent avec lui, nous submergeant parfois. Peu à peu, elles acquièrent leur propre vie, décrivent des tourbillons qui nous font revenir dans le temps, nous rendent mélancoliques, transforment la joie des (quelques) trompettes en une oraison à la vie qui s'écoule, le toucher adamantin du piano en une larme scintillante (que c'est bô.). La musique de Rémingway, c'est avant tout le regret du temps qui passe.

Le chanteur, dont la voix rappelle dès les premiers mots celle de M (et peut nous rendre son écoute supportable ? c'est un défi), virevolte indifféremment sur le piano ou la guitare, se mesure à la trompette, et reste plus calé que la basse ou la batterie. Pendant qu'il narre ses diverses histoires de coeur (ou pas), on l'écoute, et on oublie peu à peu notre indifférence première. Et il essaie moins de nous transmettre sa peine lorsqu'il repense à ses amours déchues, que de nous rappeler nos tristesses avec les nôtres propres.

A nous en rendre malade. Le groupe ne tombe jamais dans le mièvre, et préfère oublier le piano l'instant d'un morceau ou deux plutôt que trop en faire. Et là, place aux grosses guitares. Mais, encore une fois, pas les grosses guitares que l'on connaît tous. Les guitares saturées à mort de Rémingway sont à celles de Nirvana ce que leur piano est à celui de Jerry Lee Lewis (je sais pas si vous voyez, normalement non). Et, encore une fois, pas grand chose de franchement joyeux dans le groupe, qui chante inlassablement sur le temps.

Ce ne sont ni des rebelles, ni des poètes, quoi qu'ils essayent d'être les deux. Ce sont des artistes, précis et justes, qui réussissent à se mettre en marge par leur musique plutôt que par leurs paroles, ce qui est la qualité principale des gens doués et originaux. Rémingway n'invente rien, il réécrit et améliore avec ce qui se fait déjà plus ou moins. Parfait engrenage sonore, Rémingway est donc la conjugaison simultanée du travail du joaillier autant que de celui de l'horloger. En ligne, une chanson de ces orfèvres musicaux (Tic Tac Song (ogg) et Tic Tac Song (mp3)), et son fascicule. Eventuellement eux ils ont plus d'informations. (attention, flash et autres fioritures pénibles)

Voilà, c'était navrant, j'en suis désolé, je recommencerai pourtant. Si vous pensez pouvoir faire mieux que moi, sachez quand même que je m'entraîne. Merci à Cygal et à mon amour pour leurs soutiens (et aussi pour m'avoir fait découvrir le groupe), l'un beaucoup plus objectif que l'autre.